Julien :

Tout d'abord, pour répondre à la question sur Chouchi, la ville porte deux noms : l'un, azeri, l'autre, arménien, tout simplement parce que les deux communautés y ont cohabité dans des quartiers différents. Les azéris étant musulmans, on peut voir des mosquées en ruine près du centre-ville. Etant donné que l'Azerbaidjan revendique toujours le territoire où est situé la ville, les habitants peuvent repérer les espions ennemis (les citoyens hongrois, par exemple) à leur façon de prononcer son nom, et les lapider à coups de minuscules cailloux séance tenante.

Nous quittons Noratus à 11 heures. Pour nous donner des forces, la maitresse de maison nous fait boire une infusion locale préparée de la façon suivante : eau chaude + confiture de rose. Pour tenir la route, elle fourre dans nos sacs des poignées de bonbons, un pot de confiture ainsi que des miches de pain et des pommes minuscules mais tellement acides que je m'étonne encore d'avoir gardé toutes mes dents après en avoir mangé.

Nous tendons le pouce vers Dilidjan. La région est montagneuse et très boisée, ce qui amène le Lonely Planet à la surnommer "la Suisse arménienne". Nous dormons dans un jardin public en ruine.

Le lendemain, direction Vanadzor (oui, on dirait le nom d'un méchant de série B dans les années 70), puis Alaverdi. Sur place, nous trouvons le monastère de Haghpat, qui domine de larges plateaux verdoyants le long desquels paissent des troupeaux de nuages. Le monastère en lui-meme est fidèle aux canons locaux : des murs sombres et massifs égayés d'entrelacs en pierre et de croix ouvragées en bas-relief. Le sol est un vrai piège : il est recouvert d'un dallage inégal de pierres tombales infestées de lézards, tandis que dans la bibliothèque, des trous béants indiquent l'endroit où l'on stockait les vivres pour mieux les conserver. C'est la première fois que je vois une bibliothèque où il est permis d'amener de la nourriture...

Anais :

La visite de Haghpat nous a surtout reserve l'agreable surprise d'etre accueillis a notre entree par un tres gentil pretre anglophone. Apres avoir admire les lieux, nous commencions a nous faire la reflexion que pour trouver un lieu ou planter la tente le soir meme, nous serions peut etre avises de poser la question au pretre. Aussitot dit aussitot fait, lorsque nous lui demandames tels de pauvres petits chats egares, s'il ne connaissait pas un endroit ou nous pourrions nous poser, nous esperions secretement qu'il nous offre le gite. En fait c'est presque ce qui s'est passe, il nous a propose de poser nos sacs chez lui pendant que nous cherchions un endroit ou nous mettre. Par ailleurs il nous a aussi offert, de nous prendre une douche dans le presbytere, ainsi que l'usage de la cuisine pour nous faire a manger.

On etait ravi ! Pouvoir se doucher fait partie du luxe pour nous. On en a donc aussi profite pour laver deux trois affaires, qu'on a pu etendre sur le fil a linge qui traversait son jardin de fleurs. Ce pretre contrairement a l'episode que Gwenn va decrire plus loin etait un vrai rayon de soleil. Le genre de personne qui donne foi en l'humanite et qui font qu'on garde espoir et que si jamais on venait nous demander asile a nous c'est sur lui que nous prendrions exemple.

Apres ce merveilleux accueil nous sommes alles visiter Sanahin, le monastere jumeau de Hghpat situe sur le plateau adjacent. C'est un lieu tout aussi beau et paisible qu'Haghpat le pretre en moins, les feuilles jaunies qui commencent a tomber des arbres en plus.

Pour redescendre et pousuivre notre route on a pris un telepherique qui doit bien dater de l'ere sovietique (l'orsqu'on regarde la rouille sur les cables et les engrenages). C'etait une experience d'un type encore totalement different de ce qu'on a pu faire jusqu'a present, l'important etant qu'on en est descendu sans encombre !

Gwenn :

Nous sommes un peu en phase de battement : on a quasiment tout vu, et on se cherche des trucs a faire avant de retourner a Yerevan, mais pas trop vite surtout, d'ici l'avion. Alors autant Haghpat et Sanahin, qui sont des sites classes au patrimoine mondial de l'UNESCO, etaient logiquement sur notre route, autant quand on a tendu le pouce vers Kobayr, on allait nulle part.

Kobayr, c'est sur la grande route donc ce n'est pas si paume, mais pour acceder au monastere en ruine qui s'y trouve, il faut quand meme un peu de volonte, et le Lonely Planet (ce guide nous sauve la vie plusieurs fois par jour). Le village est cache derriere les arbres, il faut monter un petit chemiin abrupt pour y acceder puis ne pas perdre espoir et se taper encore une bonne montee pour aller au monastere en lui meme. Je precise au cas ou vous n'auriez pas une idee assez claire de la chose : il y a une gare mais pas de route. Le village est construit a la verticale, sur la pente, et domine donc par le monastere.

J'estime que ca vaut quand meme la grimpette ; l'endroit est en restauration, mais il n'y a pas de toit, et surtout il reste des grandes fresques, les pauvres, totalement a ciel ouvert... et pourtant pas mal conservees. Or Dieu sait que j'aime les fresques, au point de vaincre mon vertige pour aller me promener sur l'echafaudage branlant afin de faire des photos de plus pres. Passee l'impression de chantier qui s'en degage, le site ne manque pas de charme.

Julien :

Pour ma part, le plus impressionnant s'est trouvé au bout d'un petit chemin rocailleux qui part derrière les ruines et mène à une immense grotte surplombant le vide. Là, l'eau qui suinte tombe en une sorte de pluie perpétuelle qui entretien une végétation quasi tropicale, accrochée désespérément à la paroi. Le plic-ploc des gouttes a quelque chose de réellement envoutant.

Gwenn :

Jusque la tout va bien.

La soiree a commence a prendre une autre tournure lorsqu'un ouvrier du chantier, en nous offrant des noix et du raisin, nous a propose de dormir chez lui Le temps s'anoncant assez mediocre, on a accepte, en s'attendant un peu a devoir encaisser un certain nombre de toasts a la vodka.
On a pas ete decus... Anais a reussi a faire comprendre que ca la rendait malade, moi j'en ai  juste pas bu du tout (je suis tres forte au jeu de "oh mon verre est encore plein !") et Ju, ben le pauvre, il a quand meme du s'y mettre un peu (pas trop je vous rassure, mais cela avait tellement le gout de l'alcool a 70 que...). A la fin c'est devenu limite, le bonhomme ayant oublie la notion de respect du sexe oppose, ivre mort, verbalement violent, son collegue plus net qui tente de nous convaincre de rester moyennant que le geneur se tire, mais on en a eu : marre.

On a fait les sacs vitesse grand V (les duvets etaient deja sortis, bonjour la panique), on a lutte pour sortir et finalement on a accueilli la pluie avec bonheur ^^ Me reste une derniere scene epique en tete: trois francais charges de gros sacs, courrant sous la pluie sur la grand route, poursuivi par le vieux relou et ses 12g d'alcool... on a fait des grands gestes et des jeunes militaires se sont arretes pour nous emmener loin de cette mesaventure (en conduisant comme des dingues en pleine nuit sur une route detrempee, mais vous etes surement assez inquiets comme ca, alors je passe).

On a dormi a Vanadzor pres d'une usine, et la on est a Stepanavan, pour voir une forteresse, mais surtout pour manger chaud et aller sur internet, franchement ^^. Prochaines nouvelles de Yerevan, ou nous partons demain !

(Maman, ok pour la freebox, et bonnes vacances a vous deux !)

Note de Julien : Nous sommes vivants, je répète, nous somes VIVANTS et en bonne santé. Il est tout à fait inutile d'envoyer le GIGN sur nos traces. J'ajoute que nous arrivons le 23 à 13h20, heure française. Tsedessoutyoun!