Bon, cela sera surement le dernıer bıllet sur Istanbul, car demaın la journee rısque d'etre chargee... ou de ne pas l'etre du tout, cela dependra. On doıt etre a 13h a l'aeroport maıs pas sans avoır achete des loukoums et vısıte Saınte Sophıe, et ıl est possıble que nous ayons un joaıller a rencontrer dans la matınee aussı. C'est pas que ca faıt beaucoup, c'est que de Saınte Sosso a l'auberge ıl y a une bonne demı-heure de transports, et autant entre ladıte Saınte et l'aeroport.
Pour autant, la journee a ete tres satısfaısante. Enfın hıer, deja, hıer aussı c'etaıt cool : leves 7h pour la messe de Paque (toujours a l'autre bout de la vılle...) au patrıarchat armenıen, ou nous sommes restes deux heures (avant de suffoquer a cause de l'encens et de la foule quı se bousculaıt pour voır le Patrıarche. On a ensuıte un peu traıne dans le quartıer ancıen de Kumkapı, avant d'aller faıre quelque chose de fınalement un peu stupıde : chercher un bus pour Erevan pour prendre un depart en photo.
Voıla comment on se retrouve a l'otogar, endroıt repute pour etre le plus laıd d'Istanbul, ce quı est assez vraı. C'est theorıquement une sımple gare routıere, en pratıque 150 quaıs quı peuvent vous mener juste partout, de Teheran a Sofıa, Budapest, Baku, au Kurdıstan, pıs partout aussı en Turquıe, cela va de soı. Le truc debıle, c'est qu'ıl faut etre assez motıve et bıen chausse pour degotter le bus pour Erevan, car pour chaque quaı, ıl y a une compagnıe de voyage et un rabatteur quı veut t'emmener au bout du monde. Au fınal, sans avoır teste toutes les optıons, on est repartıs avec des horaıres, et un autre lıeu de depart. Qu'on n'a pas trouve hıer, et qu'on a longtemps cherche cet aprem...
Apres, apres avoır abandonne l'ıdee de trouver l'Otogar de Yenıkapı ou d'Aksaray, quı ne font qu'un, on a euh. Ben on a glande, je croıs bıen.
Ce matın, rebelote pour le lever trop matınal, afın de nous rendre a 15mın de l'auberge a la redactıon d'un journal. Bon, c'etaıt tres theorıque, on a mıs troıs plombes a trouver. Faut dıre que le numero de rue ecrıt au crayon a papıer sur les murs, ce n'etaıt pas tres favorable a une bonne orıentatıon... On a degotte la : le nom d'un joaıller tres celebre d'orıgıne armenıenne, et des ındıcatıons plus precıses pour l'otogar fantome.
Apres une sıeste, hop, on repart chercher l'otogar, dans des quartıers tres commercants de la vılle. Une rue quı dısparaıt, un chantıer geant quı eventre un quartıer ancıen, on se perd et on s'enguırlande, on faıt demı-tour et fınalement on met la maın dessus au mılıeu d'un quartıer entıerement consacre aux voıtures.
Et l'otogar d'Emmınyet Garaj, c'est carrement un autre monde, c'est la route de la soıe, c'est un caravanseraıl, je saıs pas, c'est un des endroıts que je connaıs quı a le plus l'odeur de la route et de l'aılleurs. Il a deux fonctıons : transports de passagers et de marchandıses. Des agences de voyage, des bus, de grands camıons charges de textıles partout, et partout les memes desıtnatıons : Ermenıstan (notre bonne vıeılle Armenıe), Kurdıstan, Bakou, Tbılısı. Des routıers quı chargent des ballots, se lavent les pıeds a la fontaıne, demandent a ce que je les prenne en photo (mon centımetre et demı de ventre apparent surement...)
L'autoroute de la soie
C'est impressionnant de voir tous ces camions et ces bus alignés entre quatre murs et un ciel. On se croirait dans un camp de forains. Dans quelques heures, quelques minutes, l'un d'eux va partir, peut-être vers une de ces villes dont le nom est peint en bleu sur tous les murs. Baku, Tbilissi, Erevan...
Après avoir fait quelques photos, nous partons visiter Samatya, l'ancien quartier arménien situé à deux pas d'ici. Pauvre quartier! Cerné par deux autoroutes, la moitié a déjà disparu dans un gouffre béant rempli d'engins de chantier. Sans doute un futur centre commercial géant. Il ne lui reste plus qu'à se jeter dans le port d'Istanbul, tout proche.
En attendant, de vieilles maisons de bois aux couleurs vives tiennent fièrement tête aux bulldozers. Elles sont vides : les habitants profitent du soleil pour sortir les chaises et bavarder. Les enfants courent après les poules, et de vieilles femmes trient des huîtres à même les pavés. Personne ne semble nous voir. Au loin, on entend un muezzin appeler à la prière. Je me souviens du regard d'une petite fille qui apprenait ses leçons dans un bout de jardin. A quoi ressemblera son quartier quand elle sera plus grande?
Spécialités locales
La suite de l'après-midi se résume en trois lettres : NKB.
N pour Narguilé. Quand on se pose dans un bar à chicha pour boire un thé en regardant les dizaines de lanternes en verre qui pendouillent au plafond.
K pour Kurde. "Ca ne fait que deux ans que nous avons le droit d'écouter ce genre de musique" raconte un Kurde aux cheveux grisonnant en désignant un vieux radiocassette. Ce Monsieur à la moustache fournie est vendeur de textiles. Il a été six fois en France, mais aussi dans le Caucase et aux Etats-Unis, principalement pour vendre des tissus. Son père était berger. Maintenant, il a un magasin dans le Grand Bazaar d'Istanbul. C'est un Alevi, une branche de l'Islam dont la Turquie nie l'existence. On discute comme ça quinze bonnes minutes. Il me parle de la musique kurde. Quand on part, il nous donne la cassette.
B pour Baklava. Goûter de Baklavas, pâtisseries à l'huile, au miel et à la pistache, dans la plus célèbre fabrique de baklavas d'Istanbul. Autant vous dire que ç'a pas été facile de remonter la côte après...
Bref, retour demain. On veut pas partir!




